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Cote · B029-06
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Thématique · contre culture
Langue · français
Ajout · 25 novembre 2025
revue - article

…. Et surtout, il ne faut pas confondre bonnes résolutions et bonnes résolutions.

Auteur·ice·s —Maxime Janvier

Il a celles qu’on n’a pas vraiment prises et qui nous tombent dessus comme une sentence. Le médecin qui, voyant votre bilan de santé, vous « conseille vivement » d’arrêter de fumer, de boire de l’eau minérale et de prendre un abonnement dans une salle de sport sanctionne un peu votre mode de vie. Et si les agences de notation annoncent à un État qu’elles pensent que sa dette est trop grosse et qu’elles commencent sérieusement à douter qu’il puisse la rembourser, la mise en garde sonne comme une injonction : va falloir qu’il fasse un régime draconien. There Is No Alternative (TINA), le slogan avec lequel Margaret Thatcher avait dissous le discussion politique au début des année 80, sera-t-il encore à la mode dans « débats » en 2012? Le gouvernement par la dette projette de faire de la liberté conditionnelle le mode de vie potentiellement applicable à toute la société. Hors de prison, d’accord, mais sous-contrôle, histoire que nos comportements soient prévisibles et nous amènent à tenir nos promesses. À ceux qui le font on donnera une bonne note et une belle carte de crédit (les salaires, c’est un peu démodé) – aux autres, un bonnet d’âne et une bonne correction. La culture de la notation généralisée consacre le règne de la bonne résolution forcée. On n’a pas fini de nous emmerder : la procrastination finira par être un délit. Mais il y a d’autres manière de se résoudre (à faire quelque chose). Quelquefois, le changement d’attitude est désiré plus que tout, choisi. Qu’il se conçoive comme global ou microscopique – ou aux deux niveaux en même temps. Tenter de récupérer un peu de temps sur des horaires surchargés pour faire un voyage ressourçant, du sport ou comprendre la macro-économie. Essayer de récupérer un peu de force politique perdue en laissant des mots d’ordre qui créent du possible – « Occupy Wall Street! », « Occupy Everywhere !». S’arrêter dans des villes pensées pour circuler (y’a rien à voir) devient une bonne résolution en-soi. Sauf que, le changement, ce n’est pas qu’une question de volonté. On a beau désirer ceci ou cela, on le fait toujours dans un champ de forces pas toutes d’accord entre elles : la finance mondialisée ne va pas abandonner son business parce que l’indignation gronde, et au beau milieu de l’hiver, c’est vachement dur de se lever du fauteuil dans lequel vous vous effondrez en rentrant du boulot pour rejoindre cette leçon de stretching qui vous avait pourtant fait tellement bien lors des deux premiers cours… Les (bonnes) résolutions, ça ne coûte jamais très cher de les prendre – le problème, c’est l’application. L’ONU reste bien payée pour le savoir. Donc, désir ou nécessité? Parfois entre les deux. Prenons la crise écologique. Elle nous oblige à modifier nos modes de vie, à ralentir – à nous mettre en transition vers un nouveau modèle. Mais ceux qui professent l’entrée dans la (civilisation de la) décroissance opèrent en même temps un choix éthique, politique. Ils saisissent une opportunité, entre choix et contrainte. A y regarder de plus près, sort-on jamais de cette logique combinatoire – où le désir et la nécessité s’entremêlent dans la prise de décision? Les campeurs d’Occupy Wall Street et les Indignés espagnols auraient-ils réclamé des changements s’ils n’y étaient pas contraints par la précarité? Est-ce qu’on ne se pose pas plus de questions sur les effets de l’industrie nucléaire en entendant parler de Fukushima qu’en passant devant Tihange? De toute façon, à la fin, ce truc de « prendre des bonnes résolutions », franchement, c’est pas un peu… moralisateur? Comme si on était coupable de quelque chose ? Comme si on avait toujours une dette à payer? A soi-même, à la société, aux banques… Il paraît que « qui paie ses dettes s’enrichit »… Mais, par les temps qui courent, rien n’est moins sûr!  

Date de publication · 27 mars 2013
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