
L’université populaire est née fin 19e siècle comme une réponse à la crise de l’éducation et de l’université face aux mouvements sociaux qui prônaient le rapprochement de la culture avec le « peuple ». Au début de notre siècle, l’université populaire se renouvelle en France et affronte aujourd’hui une nouvelle crise, celle de la marchandisation des études universitaires. Dans ce contexte, les différentes visions qui entourent les universités populaires se retrouvent mises à l’épreuve. Après l’apparition des universités populaires (UP) en France, le mouvement ne tarda pas à se répandre en dehors des frontières hexagonales, notamment en Belgique où une soixantaine d’UP furent créées, entre 1900 et 1910. Depuis, diverses lois successives ont favorisé l’apparition de formations qui visent le peuple : éducation populaire, éducation ouvrière et éducation permanente s’entremêlent pendant des décennies suivant des glissements sémantiques. Le concept d’université populaire prend ainsi des tonalités différentes selon le pays, la période et les financements. Un modèle à modeler ? On doit le concept d’université populaire à Nicolai Grundtvig, un pasteur et écrivain danois, initiateur des écoles populaires dans son pays et père de la formation « tout au long de la vie ». Toutefois, si on connaît bien les antichambres de l’UP, école populaire, éducation ouvrière et autres concepts de ce type, sa définition est moins évidente. Celle-ci a en effet évolué tout au long de son histoire. En principe, on pourrait définir l’université populaire comme une « association éducative ayant pour objet d’apporter aux adultes des milieux populaires un complément d’instruction générale, de les aider à développer leur raison critique et de susciter solidarité et coopération entre universitaires, étudiants et ouvriers » 1, ou plus simplement comme « un organisme d’éducation populaire dont l’objectif est la transmission de savoirs théoriques ou pratiques pour tous ». Cependant, « [ce] n’est pas une marque déposée et on peut y mettre à peu près ce qu’on veut » nous accorde Annick Stevens, ancien professeur de l’ULg, qui assure maintenant des cours dans une université populaire française. « Il me semble cependant que si l’on ne veut pas trahir le mouvement ouvrier qui a créé ces institutions au 19e siècle en vue de son auto-émancipation par le savoir, il faudrait réunir un minimum de conditions pour revendiquer cette appellation. Ces conditions me semblent bien exprimées sur le site de l’Université populaire de Caen, qui a été fondée en 2002 par Michel Onfray et qui est à l’origine du renouveau de ce phénomène en France et en Belgique : “l’Université populaire retient de l’Université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle qui permet d’envisager une progression personnelle, la nécessité d’un contenu transmis en amont de tout débat. Elle garde du café philosophique l’ouverture à tous les publics, l’usage critique des savoirs, l’interactivité et la pratique du dialogue comme moyen d’accéder au contenu”. » 2 En Belgique, on décompte trois grandes UP : celles de Bruxelles, de Liège et de Mons. D’autres existent mais se concentrent sur des savoirs plus succincts, comme l’université populaire de la permaculture.
